Ca me fera du bien de danser ! qu'elle s'était dit.
Après toute la pression, tout le stress de la semaine...
Mais non.
Ce soir-là, ça lui a pas fait tant de bien que ça.
Ca lui a pas fait de mal non plus.
C'est juste qu'elle s'est rappelée que la danse, c'était pas non plus que des rires et du bonheur.
Que la danse, c'était aussi de la rigueur, de la précision, de la clarté.
Ce soir-là, elle s'est énervée, et pas qu'une fois.
Combien de fois a-t-elle dû les refaire, ces fouettés !?
Combien de fois a-t-elle dû recommencer le "marche, marche, tourne, retire", ce truc pourtant basique !?
Ce soir-là, elle s'est énervée contre elle-même.
Et plus elle s'énervait, moins elle y arrivait.
Calme ! qu'on lui disait.
Elle pouvait pas être calme.
Ca l'a toujours énervée de pas réussir ce qu'elle voulait en claquant des doigts.
Remarque...c'est plus beau comme ça...
Y a le mérite d'y être arrivée, au moins... Y a l'angoisse d'avant, aussi.
Ce soir, elle est sortie du cours, ça rayonnait pas à l'intérieur.
Ca bouillonnait. De rage. De violence.
Elle avait l'impression de sentir tous ses membres en pièces détachées.
Elle avait le regard en feu. Elle marchait vite, elle avait mal aux talons à force de les poser aussi violemment à chacun de ses pas.
Ce soir-là, elle est rentrée chez elle en se disant que dans deux mois, tout ça, ça s'rait fini.
Que tout ça, elle réussirait, que ça passerait comme une lettre à la poste.
Et qu'elle ferait frémir tout son public.
Tous, ils auraient les yeux écarquillés, tous ils en auraient le souffle coupé.
Ce soir, elle s'est jurée qu'elle réussirait.
Avec une volonté pareille, elle pourrait que réussir, de toute façon...