Elle avait entre sept et dix ans, les cheveux longs et châtains, toujours en pagaille, jamais coiffés, toujours
à traîner dans le vent.
Elle avait des petites
tâches de rousseur, sur le nez et les joues.
La peau tannée, et des yeux noisette.
Un genre de
"robe-chiffon", de celles qu'ont les petites filles dans les pays pauvres. De celles
qu'on a pas les moyens de changer. De celles
pleines de brins d'herbe et de
traces de terre.
Elle était toujours pieds nus.
Elle dormait dans la rue, mais ça faisait rien parce qu'elle risquait rien dans son pays. Et que la nuit,
il faisait pas si froid.
Le matin, elle prenait son bain
dans le petit ruisseau, de l'autre côté, là où personne pouvait la voir. Parce que
les gens devaient pas savoir. Les gens devaient pas savoir qu'elle était
comme eux. Les gens devaient continuer à croire qu'elle était
un rayon de soleil. Qu'elle avait pas le temps de
s'occuper des bêtises du quotidien. Qu'elle vivait au jour le jour,
que c'était jamais pareil. Que dans sa petite tête, y avait rien que de
l'amour,
des arcs-en-ciel et des
étoiles.
Elle voulait pas qu'on la prenne en pitié. Parce que la pitié, y a rien de plus moche. Qu'elle racontait.
A son reflet dans l'eau, quand personne la voyait.
Et puis parce qu'elle avait pas à se plaindre. Y a toujours pire. Qu'elle disait. Et que les gens dans son pays, ils avaient pas besoin de voir des choses tristes.
Ils avaient le coeur assez écorché comme ça.Tu vois... Mam'zelle, c'est rien qu'une gamine comme les autres.
Elle fait semblant. Tout le temps. De vivre dans
un pays des rêves, avec des gens
pleins de couleurs.
D'être un petit porte-bonheur. De
jouer à
l'insouciance.
Elle fait semblant. Rien que ça.
Pour qu'ils aient un peu moins
froid. Pour qu'ils soient un peu plus
beaux. Pour qu'ils
brillent un tout petit peu.
Tu vois,
Mam'zelle...
C'est rien qu'une
gamine des rues. Qui un jour a rêvé...